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Contes du diable de Timanfaya

Lanzarote · 3 min de lecture

Contes du diable de Timanfaya

Asseyez-vous, ceci se raconte mieux lentement. Quand la terre s'est ouverte en 1730, les insulaires ont vu dans les flammes ce que leur époque leur permettait de voir : le diable en personne dansant parmi les volcans. De cette peur sont nés des contes que l'on chuchote encore : des silhouettes dansant dans la lueur, des pactes, des cris sous la terre. Et un autre, plus tendre : celui du vieux Hilario, l'ermite qui, après les éruptions, s'installa en plein cœur du feu avec son chameau, planta un figuier sur la chaleur du volcan — et le figuier, dit-on, donnait des fleurs mais jamais de fruit : il ne voulait pas nourrir le diable. L'îlot où il vécut porte son nom, et au-dessus se trouve aujourd'hui le restaurant qui fait rôtir des poulets à la chaleur du volcan. Les contes, ici, finissent à table.

Tout paysage extrême fabrique ses propres contes, et peu de paysages au monde en sont d'aussi bons fabricants que Timanfaya. Ce card est à lire lentement — ou mieux, à raconter à voix haute en regardant les Montagnes de Feu.

Le cycle commence, comme tout ici, en 1730. Pour les paysans du XVIIIe siècle, sans volcanologie ni journaux, ces colonnes de feu ne pouvaient avoir qu'un seul auteur, et il avait des cornes. Les contes couraient de veillée en veillée : que dans la lueur rouge des nuits on voyait des silhouettes danser ; que des voix sortaient des fissures ; que la fumée dessinait des visages. La peur baptisa le territoire — les Montagnes de Feu furent pendant des générations un lieu dont on détournait le regard — et laissa une empreinte jusque dans le langage : on parlait des phénomènes du volcan avec respect, comme on parle de quelqu'un qui pourrait vous entendre. Deux siècles plus tard, César Manrique allait accomplir le tour de magie culturel définitif (card 27) : dessiner ce diable avec sympathie et en faire l'hôte de l'île. La peur, apprivoisée, devint une marque.

Mais le conte le plus aimé du cycle est celui d'un homme doux. La tradition raconte qu'une fois les volcans éteints, un vieillard solitaire nommé Hilario s'installa exactement là où personne ne voulait vivre : sur un îlot de terre entouré de lave, au cœur encore tiède du territoire brûlé. Il vivait avec son chameau — selon certaines versions, un âne ; les contes insulaires ne signent jamais de procès-verbal — et avec une patience de saint laïc. Et il planta un figuier. L'arbre, nourri par une terre qui gardait encore la chaleur de l'enfer, poussait et fleurissait… mais ne donna jamais une seule figue. Les anciens l'expliquaient par une sentence parfaite : le figuier ne voulait pas donner de fruit au diable. D'autres versions font d'Hilario un ermite pénitent, ou un survivant des éruptions revenu sur sa terre ; toutes s'accordent sur la fin : cette éminence s'appelle depuis lors l'Islote de Hilario. Et l'histoire a un post-scriptum délicieux — aujourd'hui, exactement à cet endroit, le restaurant El Diablo fait rôtir les plats à la chaleur réelle du volcan (card 18). Là où le figuier d'Hilario refusait de porter fruit, l'île a fini par dresser la table. Peu d'endroits au monde bouclent aussi bien leurs propres légendes.

Le répertoire populaire garde d'autres pièces : des bergers qui entendaient des cloches sous le malpaís, des lumières qui traversaient les laves la nuit — aujourd'hui, on sait qu'il s'agit de gaz, de réfractions et de fumerolles ; à l'époque, on parlait d'apparitions —, et la certitude paysanne que le volcan « dormait, mais n'était pas mort », que la science moderne, avec ses capteurs, confirme curieusement (card 18).

Ces contes sont un patrimoine aussi réel que les roches : la manière dont une communauté a digéré, avec imagination et humour, l'épisode le plus terrifiant de son histoire. Quand vous passerez devant le petit diable de Manrique à l'entrée du parc, saluez-le en connaissance de cause : c'est la peur de 1730, retraitée et souriante, qui encaisse désormais en photos.

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